| Les ancêtres de la fourchette furent de
simples crocs en métal chez les Égyptiens, qui servaient plutôt à la
cuisine qu'à table, pour saisir les morceaux de viande dans les
chaudrons.
Les premières fourchettes véritables viennent de Venise, inventées
peut-être par une princesse grecque, épouse du doge Domenico Silvio.
Elle faisait sensation et scandale en mangeant "au moyen de petites
fourches en or et à deux dents".
On trouve une autre fourchette en or, en 1328, dans l'inventaire de la
reine de Hongrie. Elle ne servit dans doute à rien, car le Moyen-Age
n'employa jamais de fourchettes que pour piquer les viandes, quelques
fruits confits chez les reines ou "faire des rosties pour le
Roy".
De Venise, la fourchette parvint à Florence, chez les Médicis ; cela
n'empêchait pas la reine Catherine de Médicis, très gourmande
d'ailleurs, de manger avec ses doigts, peut être, tout au plus, se
servait-elle de doigtiers pour les plats très chauds.
Henri III, revenant de Pologne où il avait été roi, redécouvrit la
fourchette à Venise et s'en engoua. La mode extravagante des collerettes
géantes, les "fraises", s'en mêla : on trouva commode, pour ne
pas se tacher d'utiliser des fourchettes vénitiennes aux longues dents
pointues.
C'est au restaurant de la Tour d'Argent que pour la première fois
apparut la fourchette en public.
Un gentilhomme béarnais l'a conté : "mon étonnement fut grand
quand je m'assis à la table près de riches cavaliers. Je vis la table
garnie de serviettes, de nappes et de victuailles, le pain bis blanc était
tout entier et sans nulle miette, et je vis même qu'à l'exemple des rois
on nous changeait de serviette suivant les services. Je fis comme mes
camarades et le l'ai nouée autour du cou pour préserver ma collerette
tuyautée.
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Pendant que je dévorais une galimafrée,
j'observais quatre gentilshommes qui ne touchaient jamais la viande avec
leurs mains, mais avec des fourchettes. Ils la portaient jusque dans leur
bouche en allongeant le col et le corps sur leur assiette. Ce fut un
plaisir pour moi... Mais il y en avait qui n'étaient pas si adroits
qu'ils laissaient tomber la moitié pendant le chemin qu'ils mettaient à
leur bouche... ".
Cette innovation surprit la plupart. On se moqua des fourchettes, les
trouvant aussi ridicules qu'encombrantes. Et Montaigne prétendra se
passer de cette nouvelle mode : "je disnerois sans nappe, mais à
l'allemande, sans serviette blanche, très incommodément... et m'ayde peu
de cuiller et de fourchette ... Je mords parfois mes doigts de hativité."
Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour voir s'acclimater la
fourchette qui d'ailleurs se transforme : elle a bientôt quatre dents et
non plus deux comme l'ancienne fourche en miniature. Mais certains
ignorants utilisaient la fourchette d'une toute autre manière que celle
prévue dès cette époque par les manuels de savoir-vivre : ils
l'employaient par exemple tout bêtement pour se curer les dents.
Louis XIV, si "bonne fourchette" fut-il, mangeait avec les
doigts et très élégamment, selon Saint-Simon, au contraire du
chancelier Séguier qui "faisait une sorte de capilotade des plats
qu'on lui servait, et se lavait les mains tout à son aise dans la
sauce". Quand on partait en voyage, il valait mieux emporter son
couvert, c'est ce que dit Regnard dans sa relation d'un voyage en Pologne
en 1681 : "Il ne faut pas manquer d'avoir son couteau et sa
fourchette dans sa poche, car autrement on risque de se servir de ses
doigts." Les Anglais d'ailleurs se moquaient des Italiens et des Français
et de leur manie de fourchette. Quant aux Chinois, d'aucuns prétendent
que s'ils mangent avec des baguettes, c'est parce qu'ils trouvent les
fourchettes trop rapides !
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